Preambule

 

 

 

 

Notre but est un engagement au partage

pour créer du lien social, porté par des valeurs fortes.

La beauté, la bonté, la justice et la vérité.

 

Que ceux qui ont des yeux voient, et que ceux qui ont des oreilles entendent. Les artistes photographes, militants de la beauté, nous offrent leurs regards déchirés ou émerveillés, à l’orée de cet imaginaire qui nous habite, nous effraie ou nous éblouit.

 

Nous sommes tous des artistes, nous sommes tous restés des enfants, mais souvent nous avons étouffé la voix de l’enfance en nous. Sachons à nouveau nous mettre à son écoute. Les enfants ont beaucoup à nous réapprendre de ce que nous avons perdu avec une persévérance dérisoire. Tentons de nous réapproprier et de leur offrir le meilleur de nous-mêmes pour leur permettre à eux aussi de nous confier à leur tour l’essentiel : toute cette merveilleuse et unique part invisible, blottie précieusement tout au fond de Toi, de Moi, de Nous, et qui s’appelle… le bonheur.

Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Au-delà des masques et des apparences, essayons de nous connaître. Plutôt que d’attiser les haines, PHOTSOC essaie avec eux, avec vous, de faire surgir des sources d’eau claire au cœur des brasiers de la colère.

 

 


 


 
 

 Présentation

 
 
 

 

 

Éditorial PhotSoc 2012

 

Ça va mal. Abondance de tsunami, de crises financières parachutées par de voraces prévaricateurs, spéculateurs et autres boursicoteurs insouciants, éruptions de centrales nucléaires éventrées. Flots de corruptions et d’injustices ruinant le monde, enfants-soldats qui s’entretuent pour la félicité béate des marchands d’armes, famines pantagruéliques alors qu’on jette à la pourriture des millions de tonnes de nourriture et que l’obésité menace les nations dites développées. Le bleu des océans vire au noir pétrole, et les cours de l’or noir montent grimpent escaladent caracolent… Oui mais voilà, bientôt, nous aurons épuisé toutes les réserves naturelles et on prévoit qu’alors tout pourrait s’effondrer. Beau saccage…

 Les films se succèdent : « Une vérité qui dérange », « Home », « Le Jour d’Après »… Autant de signaux d’alarme qui nous avertissent que ça va mal. On ne peut plus mal. Les sommets sur le réchauffement climatique se suivent et se ressemblent : on ne sait rien y décider, et les abeilles même menacent de démissionner. Elles disparaissent par vagues de continents entiers. Et qui va, demain, à leur place polliniser pour que l’on trouve encore sur pied des fleurs et des arbres fruitiers ?

On exploite son voisin, on étrille ses frères et ses soeurs, en toute bonne conscience. Le plus faible doit s’effacer, ce serait la loi de l’évolution, la loi du marché, la fatalité d’une mécanique universelle. Dura lex, sed lex. Mais qui écrit ces dures lois de nos rigides sociétés en arguant d’assouplir le marché du travail, en comptant encore, en comptant sans cesse et en recomptant toujours sur des travailleurs contents, soumis et assoupis ? Lois qui ferment les usines et jettent à la rue des moissons de familles laborieuses à foison ?

N’allume pas la télé à l’heure du dîner. De toutes façons, on t’y fait peur ou on t’y fait rêver pour rendre simplement ton cerveau disponible à la publicité… Alors quel regard porter en 2012 sur ce monde en proie à nos folies et nos caprices, borné par les murs de nos intolérances et de nos incompréhensions ?

 

« Dans Le Voyageur Enchanté, l’écrivain russe Leskov raconte une fable sur les artistes que j’aime beaucoup. Six bûcherons essayaient de soulever un gros arbre sibérien qu’ils avaient abattu. Le tronc est énorme. Ils s’escriment mais ils sont incapables de le bouger. Tout à coup, l’un d’entre eux grimpe sur le tronc et commence à chanter. Et voilà qu’à cinq, comme portés par le chant du sixième, ils parviennent à bouger l’arbre. Telle est la condition de l’artiste. Il est un poids en plus pour l’humanité, il ne produit rien, et pourtant il donne de la force ». (Roberto Benigni)

 

AGNIESZKA TRACZEWSKA n’est pas juive, et pourtant elle a pu pénétrer l’une des communauté les plus fermées au monde. Et les photographier avec un talent à couper le souffle ! Nous les faire découvrir en sachant partager. Leur a-t-elle donné de l’argent pour cela ? Non, elle a su les approcher, les regarder avec une étonnante acuité. Le résultat confine au miracle. Parce qu’elle a su les comprendre, c’est-à-dire les aimer. FRANCE KEYSER a de son côté réalisé un document remarquable sur les musulmans de France, témoignant posément contre ceux de nos concitoyens qui prétendent que ces minorités ne sauraient pas s’intégrer. BERNARD CIANCIA porte sur les ouvriers d’usine un regard de clarté qui les transfigure en icônes. LOÏC LAUTARD accompagne fraternellement Brahms le SDF dans sa dérive de misère, symphonie désaccordée, et porte un regard tout aussi effaré sur les Salarymen de Tokyo qui s’effondrent solitaires, avec la même constance disharmonique, sur le pavé au sortir de leurs bureaux climatisés. LUCA ZANIER nous entrouvre ces lieux de pouvoir et d’énergie où tout semble se décider. Pour le meilleur ou pour le pire ?  PIERRE TORSET nous entraîne dans ces immenses chantiers de nations désargentées où l’on s’échine à recycler dans la sueur, le sang, la boue de gargantuesques navires éventrés. MATTEO GOZZI nous conduit aux frontières de la mondialisation, à Oulan-Bator, en des terres que, férus de Marco Polo, nous croyions encore de vastes espaces libres appartenant aux cavaliers alors que la capitale de Mongolie enfumée, irrespirable et invivable, est de plus en plus étouffée par une pollution plus meurtrière encore que le sida. Territoire sacré castré scalpé écartelé par une expansion industrielle totalement déréglementée.  JEAN-MANUEL SIMOES décrit au scalpel, de son oeil aiguisé, Clichy-sous-Bois, une autre de nos banlieues ostracisées, stigmatisées, avec ses jeunes désoeuvrés, de colère et de douleur étranglés, cernés de noir et blanc résolument contrastés à l’image de notre dureté. FRANCK BOUTONNET, lui, revient d’une Argentine âpre, aux mêmes contrastes brutaux, lumières dures où les mères des disparus ne renoncent pas à réclamer justice, où se tapissent dans l’ombre les tortionnaires d’hier rêvant d’être à nouveau les maîtres de demain. GUILLAUME J. PLISSON accompagne ceux qui se faufilent dans l’obscurité, tentant de vaguement exister en recouvrant les murs la nuit de graffiti malingres comme d’autres riches marchands nous hantent et nous désenchantent de vastes panneaux puanteur aux marques agressives. IRENE SINOU recueille dans des poubelles africaines des absences de visages qui nous interrogent sur le pouvoir des images, la construction et la perte de nos identités tandis que BENEDITE TOPUZ questionne la relation mère-fils père-fille dans des portraits subtils qui résonnent en nous de mille et mille échos. Émotions. Ravages.Sans âge. La photo des visages, la photo dévisage, la photo des vies sages… ou pas sages… Déclinaisons de vies, absences, présences. TONY ZEN passe de l’image fixe à la vidéo, de la ville à la campagne au rythme terriblement actuel d’un Jean- Jacques Rousseau brillamment revisité, et ANNE BICHON l’accompagne en observant avec une tendresse déchirante la solitude abandonnée sur un banc de nos villes, témoignant à quel point nous nous sommes trompés. La toute jeune  FLORINELLE NKITA âgée de 17 ans présente sa première exposition. Nous lui souhaitons bonne route !!! JORDI COHEN et PIERROT MEN enfin, l’un Catalan en Haïti, l’autre Malgache à Madagascar, portent tous deux sur nos contemporains des regards infiniment vivants, faisant vibrer le monde avec des focales fort différentes mais avec d’égales grandes âmes à la mesure d’un Édouard Boubat, des êtres éveillés tels des Bouddhas de la caméra, des maîtres soucieux de révéler quelques pans fragiles de ce qui constitue le plus fécond de notre humanité : son mystère. Et puis et puis et puis… NICOLAS HENRY… Un personnage exceptionnel. Généreux. Adorable ! Venu illuminer les yeux des enfants de Sarcelles le temps d’un été en collectant patiemment entre les HLM des objets de toutes sortes jetés au rebut pour bâtir avec eux des cabanes tout aussi insolites qu’éphémères. Et puis et puis et puis… dans ce Festival et pour la première fois j’ose présenter un peu, aussi, de mon propre travail avec ces mêmes enfants des bâtiments dont je suis issu, pour permettre à celles et ceux qui ne partent pas en vacances de mettre de la couleur et du bonheur dans la cité.

Dans l’Alchimiste un beau passage raconte comment Santiago, le héros parti à la recherche de ses rêves pour qu’ils deviennent sa réalité, entreprend de devenir vent. Demeurer enfant ou le redevenir, devenir vent, devenir couleur, flamme, nuage, soleil, passion, rire… Devenir l’artiste de sa propre vie. Croire que la beauté est possible et la faire advenir. Offrir son visage au vent avec un sourire épanoui sur les lèvres, rayonner tel un astre, s’offrir à pleines dents telle une étoile filante, s ‘envelopper de voiles non pour se dérober ni se cacher mais pour se parer de couleurs, émerveiller ce monde qui nous étonne et nous éblouit. Alors qu’ils traversent le Désert, Santiago le berger et l’Alchimiste sont arrêtés par trois cavaliers armés qui les fouillent.

« L’homme qui fouillait l’Alchimiste trouva un petit flacon de cristal rempli de liquide et un oeuf en verre, de couleur jaune, à peine plus gros qu’un oeuf de poule. « Qu’est-ce que c’est que ça? demanda-t-il. – La Pierre Philosophale, et l’Elixir de Longue Vie. C’est le Grand OEuvre des Alchimistes. Qui boit de cet élixir ne sera jamais malade, et un minuscule fragment de cette pierre transforme en or n’importe quel métal. »

 Les trois hommes éclatèrent d’un grand rire, et l’Alchimiste rit avec eux. Ils avaient trouvé la réponse très amusante, et ils les laissèrent partir sans plus d’embarras, avec tout ce qu’ils possédaient. « Etes-vous fou? demanda le jeune homme, quand ils furent à une certaine distance. Pourquoi avez-vous répondu ainsi?  – Pour te montrer une loi du monde, toute simple : quand nous avons de grands trésors sous les yeux, nous ne nous en apercevons jamais. Et sais-tu pourquoi? Parce que les hommes ne croient pas aux trésors.»

Alors sans doute ça va mal. Quelle planète allons-nous léguer à nos enfants ? Si nous leur en laissons une, car qui sait ? Nous serions bien capables de la bombiner à donf, de la raser de près gratis et définitif, et cela sans même le moindre soupçon de férocité. Juste par bêtise et par rapacité. Saurons-nous dire STOP avant de tous nous éliminer ? Alors que nous fonçons dans le mur à vitesse grand V ? Alors que nous funambulons entre les précipices sans le moindre souci du sacré, en nous foutant de tout et de rien ?

Il faudrait réveiller le désir profond d’égalité, de respect, de dignité, non seulement vis-à-vis de cette Nature dont nous sommes les enfants mais aussi et d’abord vis-à-vis de nousmêmes, cultiver les sentiments de fraternité, être fou amoureux du parfum de la liberté, croire que la Beauté pourrait sauver le monde et la cultiver parce qu’elle est soeur de la Bonté, de la Justice et de la Vérité. Travailler sur nous-mêmes par la création, la contemplation, le recueillement, l’humilité et la méditation.

Osons croire aux trésors qui sont en nous et peuvent transformer notre vie en un clin d’oeil, en un battement de cils ou d’ailes, en un souffle du vent. Ces trésors sont la joie d’être et de vivre, le plaisir de créer et d’enfanter le monde, le goût du partage, le sens de la solidarité, la foi dans l’espérance qui nous permet d’avancer. Ces trésors sont notre souffle vital, l’arbre de vie, la source claire qui ne cesse de jaillir du plus profond de nos entrailles. Nous sommes le vent, nous sommes l’eau et le feu et l’air, nous sommes le cinquième élément : l’Amour, car nous sommes la conscience de la Terre et de la Vie. Sans point final.

XAVIER ZIMBARDO, Sifnos, le 5 août 2012

 


 

 

 



 

              

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